Texte paru, légèrement écourté et sans les notes, dans la rubrique Débats du Temps du 17.11.2014, sous le titre « Un projet xénophobe » (page 9[1] entièrement consacrée aux initiatives Ecopop et forfaits fiscaux arrivant en votation le 30 novembre).
Philippe Roch, biochimiste, ex-directeur de l’Office fédéral de l’environnement, que je n’ai pas l’honneur de connaître, défend avec acharnement l’initiative Ecopop. Il stupéfie ainsi écologistes, partisans de la décroissance ou économistes du développement, de par sa trajectoire tenue pour exemplaire.
Cet ex-militant récuse l’incrimination de xénophobie[2] vu les gages qu’il a donnés à la diversité culturelle. Non suspect d’intentions xénophobes, il surprend par son indulgence envers les nostalgiques de feu Schwarzenbach et la bigarrure associative d’Ecopop. Seule compte l’orientation politique qu’il cautionne de son autorité.
S’inscrivant dans le sillage de trois initiatives UDC[3] d’inspiration xénophobe, celle-ci comporte, au nom de la protection des ressources naturelles, deux mesures. Elles ne visent uniquement que des étrangers, qui contribuent moins que les nationaux à leur gaspillage. Si la préférence nationale n’est pas mentionnée dans un texte qui ne contient pas le mot « étranger » et épargne cette fois les frontaliers, n’est-il pas pire de l’impliquer en filigrane ? On ne saurait s’exonérer ni du contexte ni des conséquences d’un éventuel succès.
L’impact du 0.2% (au lieu des 0.55 à 1.25% en 15 ans) est impitoyable, et aurait réduit en 2013 l’immigration nette à 16’000 des 87’000 comptabilisés par l’OFS[4]. Affirmer la fluidité des frontières parce que ce solde serait compatible avec une immigration brute, numériquement correcte, de 96’000 étrangers, n’est que subterfuge[5]. La marche forcée vers la stabilité démographique ou une croissance minime[6] au prix de la fragilisation des plus précaires, l’exportation de la pollution et la porte ouverte au recrutement transfrontaliers, voilà l’indéfendable à quoi M. Roch apporte un appui qu’on peine à nommer involontaire.
Dario Ciprut
membre de StopExclusion[7]
[1] Fac-similé accessible sous http://goo.gl/2eYIVj.
[2] Mme Anita Messere du comité romand la tenait même pour insultante à la journée d’étude du GSI le 30 octobre.
[3] Contre la construction de minarets, Renvoi des étrangers criminels et Halte à l’immigration de masse le 9 février.
[4] Voir l’infographie ci-contre.
[5] Comme l’a fait remarquer le prof. Piguet, cela ne vaut que sous l’hypothèse hasardeuse que près de 78’000 d’entre eux continuent à quitter le territoire. Le chiffre mentionné d’entrées doit s’évaluer en comparant aux plus de 167’000 actuels.
[6] La légère croissance démographique tolérée est probablement due à la volonté d’échapper aux accusations d’extrémisme en se distançant des mouvements prônant la décroissance.
[7] La Coordination contre l’Exclusion et la Xénophobie, www.stopexclusion.ch, a pris l’initiative d’une campagne unitaire contre l’initiative.
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