L’écologie dénaturée Réflexions sur l’initiative Ecopop

A une semaine du scrutin du 30 novembre sur l’initiative Ecopop, difficile de savoir ce qui subsiste encore d’indécis ou d’abstentionnistes acquis à la réflexion.

Pourquoi craindre de surcharger une barque déjà saturée ? Si le résultat est serré, tout NON genevois peut l’infléchir, sinon son ampleur peut décourager les boutefeux de la démocratie directe de récidiver. Les initiants, conscients d’avoir tout jeté dans la bataille en flattant les instincts xénophobes des laissés pour compte de l’insolent et inégal miracle helvétique, menacent de n’y point revenir.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit en priorité, malgré les cris d’orfraie de soutiens de l’initiative et d’adversaires préoccupés des risques économiques au point de croire, pour l’avoir eux-mêmes perdu, le peuple indifférent à tout ressort moral. Bien entendu les partisans ne sont pas, loin s’en faut, tous hostiles aux étrangers[i], et nombre de leurs adversaires souscrivent intérieurement à la préférence nationale, qui fait passer pour naturelle la discrimination au séjour ou à l’embauche du maquis helvétique des permis.

Mais, diantre, lâches ou avérées, qu’ont ici à faire ces opinions ? Le fait patent est que l’électeur est appelé à trancher sur deux propositions dont le caractère intimement xénophobe n’est pas niable. Toutes les restrictions, du séjour en Suisse comme de la procréation dans un pays à forte natalité, n’affectent que des étrangers. Même si l’initiative évite hypocritement le mot et exempte les frontaliers, elle ne sanctionne que les étrangers pour surpopulation. Emboîter le chemin de l’UDC en peignant sur la muraille d’indéniables pénuries, menaces et pollutions, dont les précaires sont les derniers à pouvoir s’abstraire, suffit-il ? Comment qualifier autrement[ii] les passions que ces prosélytes attisent pour faire accepter au peuple d’incriminer jusque dans la constitution, sans la moindre vraisemblance, ni risque d’interférence des dépourvus de passeport[iii], l’immigration et la natalité des pauvres ? N’allant pas jusqu’à faire de la xénophobie un droit, ils prétextent que la loi les empêche de s’en prendre à d’autres.

C’est pour nous l’essentiel. Pointer avec raison[iv] que la croissance démographique mondiale handicape jusqu’ici tout confinement technologique de la bombe climatique mondiale n’édulcore pas le procès en xénophobie. Ne s’en prendre qu’à l’inadéquation des moyens proposés par Ecopop risque de s’aligner sur les pleureuses d’Economie Suisse ou le tandem Sommaruga-Levrat en agitant le spectre de leur inefficacité ou nocivité. N’est-ce pas omettre ce qui fait qu’Ecopop n’en est pas resté à un groupuscule de lanceurs d’alerte et a réussi à faire encore trembler le socle de notre imparfaite démocratie ?

Dario Ciprut
membre de StopExclusion[v]

 

[i] Qui pourrait le croire d’un Philippe Roch, épinglé ailleurs, par exemple ?

[ii] Je pense aux autres relents que, trêve de fine bouche, l’initiative soulève : racistes, nationalistes, néocolonialistes, ethnocentristes, machistes, égoïstes, arrogants, inégalitaires, vermoulus, peu-importe le vocabulaire.

[iii] Personne ne s’offusque-t-il plus que le quart de la population voit le sort de congénères réglé par les trois autres ?

[iv] Comme le fait l’excellent expert M. Etienne Piguet.

[v] Abréviation consacrée de la « Coordination contre l’exclusion et la xénophobie ». Regroupant une quarantaine d’organisations à Genève, impliqué depuis plusieurs années dans le combat politique et associatif des durcissements successifs de la politique gouvernementale à l’égard des réfugiés et des étrangers, ce collectif assume depuis début octobre un rôle de comité unitaire de campagne contre Ecopop.

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